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Monsieur le Président de la République Palais de l'Elysée 55, rue du faubourg Saint-Honoré 75008 Paris Morsang-sur-Orge, le 3 janvier 2008 Lettre recommandée avec avis de réception Objet : Grève de soins contre la franchise médicale Monsieur le Président, Je suis atteint d’une affection longue durée, le SIDA. Par ailleurs, je suis travailleur social et engagé dans diverses associations citoyennes de solidarité.La mise en place de la mesure de la franchise médicale m’oblige à payer 50 euros par an d’impôt supplémentaire par le seul fait que je sois malade. Après en avoir discuté professionnellement ou dans le cadre de discussions privées avec de nombreuses personnes âgées, invalides, atteintes d’affections de longue durée, j’ai fait le constat que l’ensemble de ces personnes ne peuvent déjà plus faire face à leurs dépenses de santé et sacrifient cette santé en ne se soignant plus ou en repoussant à plus tard voire trop tard des démarches de soins. Pour la première fois dans l’histoire de la Sécurité Sociale, le principe de solidarité est posé : avec la franchise médicale chacun de nous se sent responsable voire coupable d’être malade, et par cette faute, nous allons devoir payer pour l’accès à ce droit fondamental qu’est celui de la santé. Lorsque je regarde les feuilles de remboursement de mes médicaments et que je regarde le prix fixé par les laboratoires et accepté par le gouvernement, je me demande si le trou de la sécurité sociale n’est pas lié aux tarifs souvent démesurés appliqués par les laboratoires. Monsieur le Président, je vous fais part officiellement de ma grève de soins que j’entame aujourd’hui en soutien à toutes les victimes de la mise en place de la franchise médicale. Je mène cette action en pleine conscience des risques que je prends pour ma santé particulièrement précaire après vingt années de lutte contre la maladie. Sachez que la franchise médicale va pousser silencieusement beaucoup de malades à prendre la même décision que moi au risque de sacrifier leur vie. J’exige de votre part l’abrogation de cette loi injuste. Enfin, Monsieur le Président pensez-vous que cette mesure va participer à la relance économique ? ne pensez vous pas que d’autres choix sont possibles pour faire face aux besoins de santé ? Pour ma part j’en suis convaincu et déterminé à aller au bout de ma démarche en vous en tenant responsable. Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations distinguées. Bruno-Pascal CHEVALIER Copie : AFP, ACT UP, AIDES, Le Parisien, L’Humanité, Politis, …
Réponse de Nicolas Sarkozy
Courrier reçu le 15 janvier 2008
LETTRE OUVERTE A NICOLAS SARKOZY, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE Bruno Pascal CHEVALIER 17 allée de la résidence du bois pommier 91390 Morsang sur Orge
Monsieur le Président de la République Palais de l'Elysée 55, rue du faubourg Saint-Honoré 75008 Paris Morsang, le 20 janvier 2008
Objet : Grève de soins contre la franchise « médicale » Monsieur le Président,Le soir du 6 mai 2007, place de la concorde, vous avez solennellement déclaré : « Je vous demande de tendre la main. Je vous demande de donner l'image d'une France réunie, d'une France rassemblée, d'une France qui ne laissera personne sur le bord du chemin »Pensez-vous, monsieur le Président, qu’en parlant de « responsabilisation des malades », vous encouragez à la solidarité ? Ne désignez-vous pas, par cette seule assertion, les malades comme coupables en laissant supposer qu’ils se comporteraient en consommateurs de soins irresponsables ? Estimez-vous, monsieur le Président, qu’une personne malade, atteinte de diabète, de sclérose en plaques, du sida, d’un cancer, ou même d’une allergie, d’une grippe, d’une des nombreuses affections virales saisonnières, nécessite d’être « responsabilisée » ?Dans votre courrier en date du 14 janvier, vous me dites que « les franchises sont assurables par les organismes complémentaires dans le cadre des contrats responsables, qui offre un niveau de protection supplémentaire ». Or, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2008 prévoit très clairement que dans le cadre des contrats responsables, les franchises médicales sont à la charge du patient, y compris de ceux qui souffrent d'une affection de longue durée. L’ignoriez-vous ? Vous aurait-on mal informé ?Par ailleurs savez-vous, Monsieur le Président, combien de personnes, y compris salariées, sont aujourd’hui dans l’incapacité financière de payer une mutuelle, encore moins une assurance ou une complémentaire santé » ? Est-ce innocent, Monsieur le Président, si une fois de plus vous utilisez le terme « responsable » ? Opposez-vous le citoyen « responsable » qui a les moyens de payer une assurance privée à celui qui n’en a pas la capacité… et serait de ce fait « irresponsable » ?Dans ce même courrier, vous affirmez, Monsieur le Président, que vous assumez votre « responsabilité, qui est de dire la vérité ». J’en prends acte.Doit-on donc en déduire, puisque vous expliquez, quelques lignes plus loin, que « le vieillissement de la population et l’apparition de nouvelles pathologies exigent des investissements importants. Ce serait une faute de renoncer à nous préparer collectivement à affronter l’avenir. Au fond, ces franchises sont l’expression à la fois de notre responsabilité et de notre solidarité. »… que pour vous, la solidarité se conçoit uniquement à l’intérieur des groupes de population concernée ? Que c’est aux malades de payer pour Alzheimer et pour les autres malades ? Comment devons-nous comprendre votre définition de la « solidarité », Monsieur le Président, lorsque vous montrez une telle insistance à instaurer ces franchises, illogiques, impopulaires, inhumaines, impossibles à comprendre et à accepter par ces millions de malades qui la vivent comme une « double peine », ces franchises qui devraient rapporter environ 850 millions d’Euros par an… et que, dans le même temps, vous vous montrez si réticent à instaurer une taxe modique sur les stock-options, qui aurait rapporté 3 milliards d’Euros par an de l’avis même de la Cour des Comptes ?Parfois, Monsieur le Président, les simples citoyens que nous sommes avons du mal à comprendre, y compris votre logique financière…Que pensez-vous, Monsieur le Président, de l’analyse des médecins qui prédisent une augmentation des dépenses de santé, liée à une prise en charge plus tardive des maladies, à une aggravation de l’état des malades qui, pour des raisons financières, auront renoncé à certains soins ?Monsieur le Président, vous affirmiez il y a quelques mois : "A tous ceux qui souffrent d'injustice, à tous ceux qui ne se sentent pas respectés, à tous ceux qui ont cru dans d'autres discours que le mien, je veux dire que je serai le président qui combattra les injustices »…Monsieur le Président, devons-nous comprendre, à la lueur de vos déclarations, de vos actions, de vos décisions, que la santé n’est pas pour chacun un droit, mais une chance… « mais cette chance il faudra qu'il la mérite par son travail » ?Considérez-vous donc que la santé, on a la chance de l’avoir, ou on doit payer pour la « mériter » ? Estimez vous que ceux qui payent une assurance complémentaire méritent d’être plus et mieux soignés que les autres ?Monsieur le Président, au nom de tous les malades, au nom de tous les citoyens en bonne santé qui sont des malades potentiels, au nom de tous ceux qui n’arrivent plus à vivre décemment, encore moins à avoir accès aux soins indispensables, de tous ceux qui ne sont pas, comme moi, en grève des soins, mais en « arrêt non désiré de soins » faute de moyens financiers, « Je vous demande de tendre la main. Je vous demande de donner l'image d'une France réunie, d'une France rassemblée, d'une France qui ne laissera personne sur le bord du chemin »Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations distinguées. Bruno-Pascal CHEVALIER Copie : AFP, ACT UP, AIDES, Le Parisien, L’Humanité, Politis, …
"Je veux que partout dans le monde, les opprimés, les femmes martyrisées, les enfants emprisonnés ou condamnés au travail, sachent qu'il y a un pays dans le monde qui sera généreux pour tous les persécutés, c'est la France. » Nicolas Sarkozy – discours du 6 mai 2007 – place de la concorde, Paris
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